Interview
La Collective : le son comme outil citoyen de mobilisation, de documentation et de mémoire des luttes sociales
Interview de Sonia Ringoot et de Dimitri Merchie, intégrants de La Collective.
Les réformes et les mesures adoptées par le gouvernement Arizona depuis le début de la législature en 2025 ont suscité une vague de protestations sociales. De nombreux secteurs qui composent et structurent notre société sont touchés et s’en trouvent affaiblis : le secteur socio-culturel, la santé, l’enseignement, et l’aide sociale. Mais également les personnes à travers des réformes qui touchent à l’âge de la pension, aux allocations de chômage, au statut d’artiste, etc. De nombreuses actions et mobilisations, convoquées par les syndicats, ont jalonné l’année 2025 pour signifier au gouvernement mécontentement et résistance sociale face aux mesures prises.
La grande manifestation du 14 octobre 2025 a marqué un tournant dans la mobilisation des citoyens. Entre 80 000 et 140 000 personnes1 avaient investi les rues de la capitale pour protester contre les coupes budgétaires brutales du gouvernement De Wever, en particulier pour le retrait du Malus pension2 et la réclamation d’une réforme fiscale plus juste. La réalisatrice audiovisuelle Sonia Ringoot s’y était rendue, en tant que citoyenne, micros en main au cas où le réel l’inciterait à récolter la parole des citoyens et des citoyennes participant à la manifestation. C’est ainsi que, avec d’autres artistes, Sonia a lancé La Collective3, un outil qui a pour vocation de « documenter le saccage de la société… et sa résistance ! » . C’est pourquoi, les membres de La Collective, dont le preneur de son Dimitri Merchie, se sont librement engagés à recueillir la parole des grévistes et des manifestants lors des piquets de grève qui se sont tenus durant les mois de novembre et de décembre 2025, ainsi qu’en janvier 2026 dans différentes communes de Bruxelles, à Liège et à Namur.
Nous avons eu l’occasion d’écouter les « Sonorama » mis en ligne sur le site de la Collective. Nous avons découvert une véritable mine de témoignages sur ce que les gens traversent, sentent, comprennent et expliquent. Peu entendue dans les médias traditionnels, cette parole légitime, argumentée et solidaire est portée par des citoyens et des travailleurs – enseignants, puéricultrices, travailleurs sociaux, cheminots, ouvriers, artistes, mais aussi jeunes et retraités – qui expliquent les réalités de leurs métiers, les conséquences des mesures et qui réclament le maintien de leurs droits et acquis sociaux obtenus de longue lutte.
Nous avons dès lors souhaité nous entretenir avec Sonia Ringoot et Dimitri Merchier pour mieux comprendre leur démarche, celle d’un collectif d’artistes qui s’est constitué dans la foulée des manifestations et qui entend mettre à profit ses outils d’expression, de production et d’information à la cause des luttes de tous les secteurs touchés par les mesures du gouvernement et documenter ainsi la parole située des citoyens concernés.
Comment est née la Collective ?
Dimitri : on s’est croisé avec Sonia et Zoé4 à Saint-Gilles. Il pleuvait et je revenais avec ma fille d’un piquet de grève du secteur de l’enseignement. C’était la première fois que j’y participais et j’ai pu récolter du son. Sonia et Zoé, qui faisaient la tournée des piquets de grève, m’ont expliqué ce qu’était La Collective, et c’est à partir de ce moment-là que j’ai pris du son dans ce cadre-là. Heureux hasard. Le feu rouge au bon moment !
Sonia : le 14 octobre 2025, date de la manifestation nationale historique contre les réformes du gouvernement Arizona à Bruxelles, a été décisif. J’étais abasourdie par tout ce qui se passait. J’ai décidé d’y participer et ai pris mes micros au cas où, sans savoir ce que j’allais collecter. Comme la manifestation prenait beaucoup de temps à démarrer à cause du très grand nombre de personnes présentes, j’ai décidé de faire un premier entretien. J’ai demandé à un monsieur pourquoi il était là. Il a parlé de son métier de fabricant de palettes et de caisses dans un atelier protégé et pourquoi il ne peut pas accepter la pension à 67 ans. Suite à ce premier entretien, j’ai interrogé d’autres personnes. Ce furent 3-4 heures d’un voyage extraordinaire pendant une manifestation « immobile » tellement il y avait du monde. [Ecouter la Collecte #1 : ensemble pour crier ]
Je me suis rendue compte à ce moment-là que les mesures touchaient la société tout entière et que cette mobilisation représentait toutes ces personnes : le monsieur qui fait ses palettes, les infirmières, les auxiliaires de vie, les enseignants, les retraités, les pensionnés… toutes des personnes qui s’inquiètent pour leur avenir. J’ai donc accueilli toute cette matière et l’ai envoyée à Chedia5, pour savoir si on pouvait faire quelque chose ensemble. C’est très puissant tout ce qui se dit et se passe. J’ai donc commencé à monter toutes ces paroles de manière chronologique. Cette collecte est dans le sonorama de notre site. [https://www.lacollective.be/]
Un deuxième moment de récolte s’est produit quelques jours après, à l’école de mon fils. Je vois sur la porte l’annonce d’un pot de départ pour tous ceux qui allaient perdre leur emploi. Le mot disait : « Merci à tous ceux qui vont perdre leur emploi et à tous ceux qui vont accueillir la surcharge de travail ». Touchées par cette annonce, Ludivine, une maman et voisine photographe et moi, avons décidé de couvrir par le son et la photo ce pot de départ. [Ecouter la collecte #2 : Funeste rentrée des classes]
C’est à ce moment-là que nous avons décidé de lancer avec Ludivine La Collective. J’ai créé le site et rédigé une présentation de la démarche. Deux événements ont ensuite motivé une vingtaine de personnes du monde artistique à nous rejoindre : la diffusion du film de Benjamin Hainaut au théâtre des Martyrs « Détruire rajeunit », et l’AG du « Groupe 31 mars »6 .
Nous avons une réunion physique par mois. Le but est de faire et non pas de discuter de ce que l’on va faire. Nous nous concentrons et nous rencontrons dans l’action. Nous ne planifions rien, mais nous travaillons en fonction des piquets de grève qui se mettent en place, ainsi que des disponibilités et des envies de chacun. Et ça marche ! Et ça circule bien !
Cette initiative est partie d’une forme d’abattement que j’ai depuis l’élection de Trump. Où va le monde actuellement? Cette initiative permet de soulager la peine, d’avoir de l’espoir et du réconfort, dans un climat ambiant et global terrible.
Quels sont les objectifs de La Collective ?
Sonia : L’idée de la collective, c’est la collecte, dans le sens de ramener de la matière sans se poser des questions de construction, car on sait que ça prend du temps. Nous sommes motivé.es par le contexte. Ramener de la matière ça signifie donner la parole à des gens qu’on n’entend pas au journal télévisé. Et on prend le temps pour récolter cette parole, on laisse le temps aux gens de s’exprimer. L’objectif est de connaître les réalités qu’on ne connaît pas des différents secteurs de travail. Nous ne faisons pas de formatage. En même temps, il s’agit pour nous aussi d’écouter nos envies, de retrouver une forme de joie et d’envie.
L’idée est aussi de décloisonner entre nous. Ça nous fait du bien dans le secteur artistique de nous rencontrer entre artistes différents dans les différents domaines artistiques. Plus largement, il s’agit de montrer également que cette lutte est une lutte pour la société. Il ne faut pas juste penser par secteurs. On veut montrer la convergence des luttes, sortir des silos que sont les secteurs. C’est central. Cela justifie aussi pourquoi on fait par ailleurs un film sur les piquets de grèves où nous interrogeons des cheminots, des puéricultrices. C’est un problème d’une vision de société et quelle société on veut. (Ecouter « La grève des 3 jours » – https://www.lacollective.be/184-2/ )
Dimitri : La Collective est pour moi un cadre qui m’aide à avoir envie de faire quelque chose. Ça donne une raison pour laquelle je vais aller prendre du son. J’ai un outil et une compétence. J’aime la mettre à l’épreuve, mais dans quel but ? La collective sert à donner un cadre à des envies individuelles. La force vient des individus qui composent la collective.
Il y a beaucoup à dire, à écouter et à transmettre. La grosse question depuis le début est : transmettre, mais comment ? A quel rythme ? Où est l’urgence ? Y-a-t-il urgence ? Envers qui et dans quel but ?
Sonia : il s’agit aussi de collecter et de collectionner des témoignages pour qu’on n’oublie pas ce qui est en train de se passer. Ça nous aide beaucoup de collecter une parole authentique. Cette urgence, on peut y répondre grâce au son qui nous permet de gagner beaucoup de temps et de confiance.
Il y a donc aussi la notion de devoir de mémoire : on n’oublie pas le saccage social actuel. Les gens ont une flamme et une vocation dans leur travail et on est en train d’éteindre cette flamme. Les infirmières, les enseignants, ils se mettent en quatre pour leur travail. C’est terrible.
Comment travaillez-vous ?
Dimitri : lorsque quelqu’un a une info sur une mobilisation, on tient le groupe informé. On l’annonce et on fait. Et ceux qui peuvent faire font.
Sonia : Ce qui est fort, c’est que la collective a ses outils de travail. Nous bénéficions d’une autonomie dans notre pratique. Dans ma démarche, il s’agit de récolter la matière de la manière la plus directe. Sans plannings, ni échéances. Je veux spontanément prendre mon micro et interroger. C’est le terrain qui me guide dans ma pratique.
Dans nos questions, on essaye d’être très concrets : c’est quoi votre travail, vous vous levez à quelle heure ? C’est ça qui parle et qui permet de décloisonner les réalités de chacun et dire que c’est une question de société. C’est une façon de fédérer, de lutter contre l’atomisation de la société, revenir ensemble et comprendre.
Nous avons le souhait de ne pas nous structurer en comité éditorial ni à anticiper ce que l’on fait. C’est vraiment le terrain qui nous guide. Il y a les 100 ans de la SNCB cette année : vu l’état critique et la tendance vers la libéralisation qui s’annonce il y a quelque chose à faire. Construire du lien, collecter des paroles fortes. Le monde des cheminots est fort et on les suit sur plusieurs mouvements. Ce sont des choses qui arrivent d’elles-mêmes, grâce aux contacts que l’on fait sur le terrain, les rencontres. Des portes s’ouvrent et on veut y entrer. Ce sont des envies plus que des projets.
Pourquoi choisir de ne pas interroger les gens dans la rue en dehors des manifestations ?
Dimitri : Les personnes qui se rassemblent lors d’un piquet, sont les mêmes que celles qu’on trouve dans la rue ! Là, il y a une concentration. Le micro trottoir hors cadre est une grande dépense d’énergie un peu vaine à mon avis. Les problèmes sont néanmoins quotidiens. Ca touche plein de gens tous les jours et dans tous les secteurs sociaux.
Sonia : Nous n’avons aucun dogme, tout est possible. Mais on est pris par le temps. La société est représentée dans les mobilisations. On arrive à toucher M et Mme tout le monde dans ces moments-là. J’invite les gens à les rencontrer, à discuter, car ce sont des moments où les gens ont du temps, sont disponibles pour en parler. Et c’est vrai que pour nous qui enregistrons la parole, c’est une parole très chaude, vivante et incarnée.
Les questions que je pose sont très simples et spontanées du type « Pourquoi vous êtes là ? » J’ai opté pour la posture de naïveté qui cherche à comprendre pourquoi les gens sont là. J’essaye d’être présente, d’être dans l’écoute de la personne. Mais moi aussi, je suis citoyenne impliquée dans ce mouvement et aussi en colère, donc je me dis que je ne vais pas me poser en tant qu’intervieweuse, mais dans une vraie discussion. Il y a des moments où je me permets un peu de libertés. C’est un positionnement.
Dimitri : les gens nous remercient de récolter cette parole-là.
Pourquoi avoir choisi le documentaire sonore ?
Sonia : J’ai envie de parler de document sonore plus que de documentaire. En effet, on est dans une forme de documentation. Pour construire une forme de documentaire, il faut une réflexion qui nécessite du temps, et là, on a pour le moment peu de temps. L’idée est de faire de la documentation assez rapidement. On met en ligne et on laisse. Il y a une mise en commun de la matière, on peut s’en emparer et faire un travail de « retransformation» le réel. Les dessins de Natalia ont inspiré le film sur les piquets de grève. La matière se retransforme et en crée d’autres. Mais ça nécessite plus de temps.
Dimitri : Débarquer dans l’intimité des gens avec caméra et micro, les gens diront des choses différentes que si on a juste un micro. L’audio permet une qualité de la parole différente. Plein de gens n’auraient pas parlé si on avait travaillé avec une caméra.
Sonia : Moi qui travaille avec la caméra et l’audio, je sais que l’image ça nécessite une réflexion. Pour le film sur les piquets de grève, j’ai utilisé la caméra, mais j’ai mis un dispositif très clair et distant. La photo, c’est différent : c’est l’instant, il y a quelque chose qui peut exister en dehors de la photo. Elle a du sens pour attester de l’événement, ça l’ancre. Avec le son, l’idée est de ne pas voir la personne qui parle. Ne pas aller aussi loin dans l’identification. C’est un choix, car c’est une parole collective qui représente un groupe.
Vous évoquez l’importance du temps long dans votre travail. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Sonia : Ce qui m’interpelle est qu’on perd la pensée. La société est très stigmatisante et manichéenne et la pensée éclairée est en danger. Les réseaux sociaux participent à cela d’une certaine manière. Pour qu’une pensée se déploie, il faut du temps, il y a de la complexité et des nuances. Valoriser la pensée éclairée, c’est du temps et le temps est central. Il faut du temps pour tout : pour penser, se cultiver. À propos des mesures concernant le travail, on ne laisse plus aux gens le temps de travailler. On est en train de kidnapper le temps. On est dans une société qui nous vole le temps. Par exemple, dans le monde médical et du soin, on n’a plus le temps de demander aux patients comment ça va. Les heures supplémentaires ne sont plus payées. Quelle société on est en train de nous proposer ? Je me mets donc dans des systèmes de production qui me permettent de faire les choses.
C’est possible pour nous de prendre le temps, car nous n’avons pas d’objectifs de diffusion. Il s’agit de rendre compte. On est assez libres, on a nos outils, chacun fait ce qu’il peut, on ne se met pas de contrainte. S’il faut quinze minutes pour expliquer à une personne ce qui lui arrive, il faut lui laisser le temps. Et justement, notre travail n’est pas celui des journalistes. Certaines personnes sont au début méfiantes, car elles disent avoir parlé aux médias et avoir été systématiquement coupées.
Dimitri : Au moment de la mobilisation sur l’enseignement en novembre 2025, une jeune fille de 16 ans a dit : « je ne suis pas ici pour moi, je suis là pour mes enfants ». Ce sont des paroles incroyablement puissantes. Des choses se font détricoter alors que les générations avant nous s’étaient battues et avaient obtenu quelque chose. Il est nécessaire de mettre les générations actuelles face à la nécessité d’une mise en perspective. Cela prend du temps. Face à la masse d’information rapide qui étouffe les jeunes, la collective permet d’imposer de prendre le temps : ça va prendre 15 min d’écouter, je prends ce temps. Cette parole légitime et paisible malgré la gravité passe par le temps qui est presque un luxe ultime.
Quel est le rôle que vous estimez ou souhaitez avoir avec La Collective ?
Sonia : Je suis touchée par tous ces gens qui se mobilisent. Ce sont des héros. Jean-Luc qui est cheminot, commence à fatiguer, car cela fait 1 an qu’il se mobilise. Mais il le fait pour la société, pour maintenir un service public. Ce sont des gens qu’il faut valoriser et qui sont très peu médiatisés.
La chronologie du site révèle le mouvement social qui est banalisé et peu visibilisé dans les médias alors que c’est énorme.
Cette initiative doit être un carburant de la lutte, pour qu’on connaisse bien les réalités sociales de chacun, comme celles du monde enseignant. Ça devrait susciter la solidarité avec les personnes qui souffrent comme les profs. Il s’agit de bien faire comprendre ce que les enseignants et les travailleurs en général vivent au quotidien et casser la stigmatisation du monde enseignant. Je peux mobiliser et me mobiliser lorsque je comprends les enjeux, lorsque c’est expliqué.
Dimitri : j’aime bien aller vers les gens avec les questions les plus ouvertes possibles. Si quelqu’un parle de sa réalité, si jamais pour chaque métier, on a des acronymes ou un argot propre à chaque métier, c’est important dans notre position de demander ce que signifient les mots qu’on n’a pas compris, dans l’espoir que d’autres pourront aussi comprendre ce qu’ils ne savaient pas. Ça permet ensuite à tout le monde de comprendre et d’apprendre quelque chose. Nous sommes très ignorants par rapport à la somme de connaissances et de pratiques dans le monde du travail. C’est le savoir du terrain et non universitaire : une palette ça pèse 35 kg ! Du coup, on comprend que la personne déplace par jour des centaines de palettes de 35 kg. Il dépasse les 3 tonnes par jour. Ce n’est pas étonnant qu’il ne souhaite pas travailler jusque 67 ans. Il y a un travail de montage après la récolte de parole.
Qu’en est-il de la diffusion de votre site et de ses contenus audios ?
Dimitri : Le but est que, à travers le site, le principe de donner la parole aux gens fasse plus de bruit quantitativement et médiatiquement que les médias de grande diffusion. Mais comment on va vers cela ? Vers le fait que la parole de toutes ces personnes qui forment le peuple commence à devenir très largement audible ? Ce serait magnifique que les gens passent le mot et fassent entendre à leur entourage et que ça fasse boule de neige. Nous aussi, on se dit que l’on pourrait relayer vers d’autres initiatives. On y pense, mais tout ça prend du temps. L’action est actuellement principalement dans l’urgence de la récolte de la parole. Si jamais le mouvement s’étiole ou que l’armée descend dans la rue, à ce moment-là il y aura des archives qui existeront. On est en train de sauver une parole importante, avant qu’elle ne soit rendue inaudible.
Sonia : Nous avons un devoir de visibiliser, faire entendre ces paroles face à un gouvernement qui fait la sourde oreille. Nous avons prévu de prendre contact avec des émissions de la RTBF comme « Transversales » et « Par Ouï dire ». Nous sommes aussi en contact avec radio Campus et Radio Panik pour la mobilisation du 12 mars. Nous sommes aussi en contact avec le « Groupe 31 mars »: ils veulent faire diffuser une bande son sonore de 3 min avant les spectacles de théâtre ou la projection d’un film qui visibilise le mouvement social et qui appelle à ne pas oublier, que c’est là et maintenant que ça se passe.
Comment réagissent les gens que vous interrogez ?
Sonia : Les gens sont touchés qu’on reste, qu’on soit venu les voir, qu’on s’intéresse à eux, malgré le froid. Les piquets de grève sont compliqués à suivre car il y en a beaucoup. Mais on reste bien deux heures dans chaque piquet. C’est encore une fois le temps. Il y a le contexte pour que cette parole soit authentique et incarnée. Il y a quelque chose en ébullition. Par contre, interroger les gens à la fin d’une mobilisation, ça ne marche plus. A la fin de la manifestation du 14 octobre, après le saccage, il a été impossible de faire un entretien. La parole n’est plus animée. Quand la police est là, la parole semble se rétracter, plus personne n’a envie de parler. Il y a des contextes.
Comment voyez-vous l’évolution de La Collective ?
Sonia : Il y a la possibilité de faire des travaux différents des « sonorama ». Des sujets et des opportunités surgissent grâce à ce premier travail.
La collective n’est pas une identité, mais un outil qui nous permet de donner vie à nos envies. Si on n’a plus envie, on quitte ou on fait cesser. C’est un outil de travail qu’on se met à disposition. C’est en mouvement, au jour le jour, et non pas un objectif en soi.
Dimitri : Jusque quand ? Si on n’y trouve plus de sens, si on est fatigué de ça, on peut partir. C’est bien un outil. On ne travaille pas pour la collective, mais grâce à la collective. C’est une mise en commun.
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Sonia Ringoot, formée à l’IAD en réalisation, est travailleuse dans le secteur artistique en tant que réalisatrice de documentaires audiovisuels et radio. Elle a bénéficié du FACR (Fonds de l’aide à la création radiophonique) et a été membre de la commission du FACR pendant 5 ans. En plus de son travail en tant que réalisatrice, elle donne cours à l’IAD sur le documentaire radiophonique et au sein de l’ACSR (atelier de création sonore radiophonique).
Dimitri Merchie est entré dans le monde de la création sonore de façon autodidacte et en dilettante. Depuis une petite dizaine d’années, il pratique le son de manière plus construite. Il a acquis des compétences en prise de son et en montage et se forme actuellement au mixage. Il a réalisé un premier documentaire sonore avec le soutien du FACR et de l’ACSR.
- Selon la police, les manifestants totalisaient environ 80 000 personnes. D’après le syndicat FGTB, ils étaient 140 000. Voir le site de la RTBF : https://www.rtbf.be/article/direct-manifestation-nationale-la-police-anti-emeute-deployee-a-la-gare-centrale-tensions-entre-manifestants-et-policiers-dans-les-marolles-11615816 ↩︎
- D’après le Service fédéral des pensions, le malus pension est une réduction du montant de votre pension brute si vous prenez une pension anticipée et ne remplissez pas les 2 conditions relatives au temps de travail effectivement réalisé. https://www.sfpd.fgov.be/fr/changements/reforme-des-pensions#malus-pension-anticipee-2027 ↩︎
- https://www.lacollective.be/ ↩︎
- Zoé est documentariste radio, membre de La Collective. ↩︎
- Chedia, documentariste radio, membre de La Collective. ↩︎
- Le « Groupe 31 mars » est né lors de la journée de grève du 31 mars qui a mobilisé le secteur culturel touché par les réformes du gouvernement Arizona en matière de pensions et d’allocations de chômage – https://www.facebook.com/p/Groupe-31-Mars-61574557346435/ . Voir aussi l’article du journal le Soir : https://www.lesoir.be/664984/article/2025-03-28/greve-du-31-mars-le-secteur-culturel-se-mobilise ↩︎
Cayetana Carrion
Coordinatrice pédagogique – GSARA asbl