Édito
Se réinventer sans se renier
Lorsque je suis arrivée au GSARA, j’ai découvert la richesse d’une association dédiée aux images et à leur décryptage ainsi que la diversité de ses projets : du cinéma documentaire à la formation pour adultes. J’étais heureuse de rejoindre une organisation solide, portée par des projets forts et variés toujours tournés vers l’émancipation citoyenne et l’éducation permanente. Je tiens à d’ailleurs à remercier chaleureusement mon prédécesseur, Renaud Bellen, pour son engagement et le travail accompli. A l’époque, il m’a fait confiance en m’intégrant à l’équipe et, à présent, je reçois ce flambeau avec gratitude, consciente des défis qu’il représente.
Aujourd’hui, après dix ans à construire avec mes collègues ce mouvement ambitieux qu’est le GSARA, me voilà à sa direction. Intégrer une nouvelle fonction, c’est toujours un savant mélange de stress et d’excitation. Si me retrouver au pilotage d’une association qui met en lumière les voix par l’image, le son et les nouvelles technologies est une immense fierté, je ne peux me contenter d’évoquer les raisons évidentes de l’existence de structures comme la nôtre alors qu’elles sont violemment contestées. Les nouvelles politiques sociales, économiques et culturelles impactent largement le secteur non-marchand et le GSARA n’échappe pas à cette situation. Des réformes structurelles vont traverser l’ensemble du monde associatif ces trois prochaines années, remettant en question nos objets et missions d’intérêt public. Il nous faudra tenir, probablement nous réinventer par endroits, mais surtout nous rappeler pourquoi nous existons et ce que nous entendons défendre.
Il y a cinquante ans, le GSARA a vu le jour par les caméras et les écrans. Depuis, l’image s’est généralisée et démocratisée et les enjeux audiovisuels se sont déplacés. Tout est devenu image, même les podcasts. Et, alors que notre mouvement a émergé par le cinéma du réel, aujourd’hui, le monde peine parfois à reconnaître ce réel parmi le déferlement d’informations à authenticité variable qui défile sur nos écrans de smartphones.
Si le matériel évolue, les causes à défendre et les revendications citoyennes, elles, restent étonnamment comparables : précarité économique, sociale et professionnelle, discriminations, marginalisation – voire invisibilisation – des personnes qui sortent du cadre. Le GSARA s’est toujours voulu au service des citoyennes et des citoyens, un outil de compréhension de la société et un moyen de faire entendre leur voix. C’est pourquoi l’existence d’une institution comme la nôtre reste farouchement d’actualité. Mais désormais, les outils pour raconter et témoigner tiennent dans le creux d’une main et encore faut-il pouvoir les choisir, les maîtriser et savoir s’en servir sans les subir ou être soi-même instrumentalisé.
Entre réseaux sociaux, intelligence artificielle et le tout au numérique, le risque d’être dépassé ou relégué aux archives nous concerne toutes et tous, en tant que personne tout autant qu’en tant qu’institution. Il ne tient qu’à nous de tenir notre virage technique et accompagner la société sans renier nos origines. Continuer à décrypter le monde – tangible ou virtuel – pour permettre à toutes et tous de porter un regard critique sur notre société contemporaine.